Office fédéral du génie et des fortifications
Edition Juillet 1982
Troupes de forteresse
Une brève orientation
Généralités
L’image actuelle de la menace militaire est caractérisée par
– l’engagement de forces entièrement mécanisées visent à atteindre dans les plus brefs délais
leurs objectifs, même ceux situés au cœur du pays,
– l’engagement de forces aéroportées capables d’attaquer par surprise tout objectif important,
en un point quelconque de notre territoire,
– les appuis massifs de feu conventionnel, chimique et nucléaire dont bénéficient ces forces.
Pour réussir dans son entreprise, l’ennemi serait vraisemblablement amené à s’emparer rapidement de voies de communication à grande capacité qui lui sont nécessaires pour le déplacement de ses forces mécanisées et, surtout, pour assurer leur support logistique.
En zone frontière et dans le secteur central, il incombe à nos brigades de combat (brigades frontière, de forteresse et de réduit) de barrer les axes de pénétration et de traversée. Leur infanterie mène le combat défensif à partir de points d’appui et de barrages, dans un terrain favorable à l’exécution de la mission et valorisé par des ouvrages permanents de renforcement du terrain.
Il s’agit en l’occurrence de destructions, de minages et de constructions établies déjà en temps de paix, comme par exemple :
– des obstacles pour “entraver la liberté de manœuvre de l’ennemi”;
– des ouvrages de protection propres à “assurer la survie afin de pouvoir combattre”;
– des ouvrages fortifiés, c’est-à-dire des positions d’armes permanentes construites en application
du principe “la protection augmente l’efficacité”.
Les ouvrages de protection (postes de commandement, installations de transmission et abris) ne sont pas armés; ils protègent la troupe des seuls effets des armes.
Les ouvrages fortifiés présentent les caractéristiques suivantes :
• leur préparation au combat peut être établie dans un délai très court;
• leurs armes sont constamment prêtes à 1’engagement;
• ils disposent de liaisons fil permanentes pour la conduite des feux et la direction des tirs;
• ils offrent une bonne protection contre les armes conventionnelles, chimiques et nucléaires;
• ils disposent d’une grande autonomie de soutien.-
Les troupes de forteresse occupent les ouvrages fortifiés, en assument l’exploitation et en servent les armes.
Suivant leur armement, on distingue les ouvrages d’infanterie et les ouvrages d’artillerie. Ils peuvent être de surface ou souterrains, creusés dans le rocher ou construits en béton.
Les ouvrages d’infanterie sont occupés par des formations d’ouvrages, les ouvrages d’artillerie par des formations de forteresse.
Selon leur grandeur, les ouvrages fortifiés sont classés “forts” ou “fortins”.
L’ensemble du personnel affecté a un fortin ou un fort constitue son “équipage”. Par “garnison” on désigne les troupes qui font partie d’un secteur fortifié.
Les fortins ont un équipage qui peut atteindre la valeur d’une section. La défense extérieure de l’ouvrage ainsi que le soutien et le service sanitaire des équipages, doivent être assurés par l’infanterie du secteur. Les forts disposent de personnel et d’installations pour le soutien et le service sanitaire. L’effectif de l’équipage, supérieur à une section, comprend des fantassins de forteresse pour assurer la défense extérieure. Celle-ci a pour mission d’interdire à l’ennemi l’accès des parties extérieures vulnérables de 1’ouvrage : embrasures, tourelles, entrées, etc.
Un personnel spécialisé – les soldats de protection d’ouvrage ou de service d’ouvrage – assure le fonctionnement des installations vitales d’un ouvrage fortifié, le service de lutte contre le feu, le service de sauvetage et la police d’ouvrage. Par “installations vitales” on entend les installations de ventilation, d’alimentation en eau et en courant électrique, de même que celles assurant la protection contre les effets des armes chimiques et atomiques.
La plupart de nos fortifications permanentes ont été érigées peu avant ou durant la Deuxième guerre mondiale. Elles sont constamment adaptées, dans la mesure des possibilités, aux formes modernes de la menace. Des constructions nouvelles remplacent les ouvrages vétustes ou complètent le dispositif des fortifications permanentes.
Formations d’ouvrages
Les formations d’ouvrages (compagnies d’ouvrages) interdisent à l’ennemi, par le feu de leurs armes sous casemate, de surmonter les obstacles et par là en maintiennent la valeur. Elles sont en règle générale subordonnées à l’infanterie du secteur; leurs fortins et leurs forts sont intégrés dans les points d’appui et les barrages.
L’emplacement, les dimensions, l’armement et le nombre des ouvrages d’infanterie relevant d’une compagnie d’ouvrages sont fonction des conditions topographiques. Certaines compagnies, par exemple, sont réparties entre plusieurs fortins, d’autres occupent un fort et quelques fortins, d’autres enfin un seul fort.
Les compagnies d’ouvrages occupant un ou des forts d’infanterie peuvent, si elles sont organisées en conséquence ou si elles sont renforcées, se voir confier une mission tactique indépendante (barrer ou tenir).
Les officiers des compagnies d’ouvrages occupant des fortins assument, après une
mobilisation de guerre, la fonction de conseiller technique auprès de l’infanterie du secteur. Des officiers subalternes peuvent être engagés comme commandants de fortins d’une certaine importance ou de points d’appui.
Certains forts d’infanterie sont armés de pièces d’artillerie. En tir indirect, celles-ci appuient l’infanterie du secteur; leur feu est dirigé par des commandants de tir des formations de forteresse. Ces pièces peuvent également être engagées en tir direct.
Formations de forteresse
L’artillerie de forteresse est l’arme d’appui la plus importante dont disposent les commandants des brigades de combat. Par le feu de leurs pièces d’artillerie, les formations de forteresse appuient le combat de l’infanterie de landwehr engagée dans les points d’appui et les barrages. Elles combattent également l’ennemi dans la profondeur du secteur de combat. L’artillerie de forteresse dispose de tourelles et de casemates et, dans certains cas, de pièces d’artillerie mobiles.
Les brigades de forteresse et les brigades de réduit disposent chacune d’un régiment de forteresse comprenant un état-major, une compagnie d’état-major et de 2 à 5 groupes de forteresse. De leur côté, les brigades frontières disposent chacune d’un groupe de forteresse ou d’une compagnie de forteresse indépendante. Les groupes de forteresse se composent d’un état-major, d’une compagnie de direction des feux de forteresse et de plusieurs compagnies de forteresse. La compagnie de forteresse fournit l’équipage d’un fort d’artillerie ou de plusieurs fortins d’artillerie. Elle compte une ou plusieurs batteries de pièces. La batterie de pièces constitue l’unité de feu de l’artillerie de forteresse; le nombre de tubes peut varier de 1 à 6. Les batteries d’une même compagnie de forteresse peuvent être équipées de pièces de différents types.
Pour le combat par le feu, plusieurs batteries qui peuvent être prélevées sur divers groupes de forteresse, sont réunies en un groupe d’artillerie de forteresse. Un poste central de tir de groupe coordonne les feux. Dans les compagnies de forteresse indépendantes, c’est le commandant de tir lui-même qui assume cette coordination. La conduite des feux et la direction des tirs de l’artillerie mobile et de l’artillerie de forteresse sont identiques. Ceci assure une collaboration efficace entre les deux types d’artillerie.
Les régiments de forteresse disposent de leur propre défense contre avions. Celle-ci a pour mission de protéger les tourelles et les embrasures des forts d’artillerie contre les attaques aériennes. Elle est intégrée dans le dispositif de défense extérieure des ouvrages.
Classes d’âge
Les régiments de forteresse des brigades frontière et les formations d’ouvrages des brigades de combat se composent de militaires de la landwehr et du landsturm issus des troupes mécanisées et légères et de l’artillerie. Après leur passage en landwehr, ils reçoivent une instruction complémentaire. Ils effectuent trois cours de complément de deux semaines, avec un intervalle de deux ans entre les cours, et un cours du landsturm de même durée. Les officiers accomplissent de tels cours, précédés d’un cours de cadres, tous les 2 ans. Suivant leur fonction, ils accomplissent en plus une ou deux périodes d’instruction de 13 jours.
Les régiments de forteresse des brigades de forteresse et de réduit regroupent les militaires des trois classes de l’armée: élite, landwehr et landsturm. Ils accomplissent tous les deux ans un cours de répétition ou de complément de trois semaines. Leurs obligations militaires sont les suivantes : - 6 cours de répétition de 20 jours dans l’élite
- 2 cours de répétition et 2 cours de complément de 20 jours dans la landwehr
- 1 cours de 13 jours dans le landsturm
Ils accomplissent le même nombre de jours de service que les militaires des autres armes.
Les commandants et officiers subalternes en âge d’élite incorporés dans les régiments de forteresse accomplissent, les années où leur unité n’effectue pas de cours de répétition, un cours technique de trois semaines. Les officiers subalternes accomplissent en landwehr, tous les deux ans un cours de complément de 20 jours; en landsturm deux cours de 20 jours. Selon leur fonction, les officiers subalternes accomplissent une ou deux périodes d’instruction de 13 jours.
Instruction
Depuis le 1er janvier 1977, date à laquelle les troupes de forteresse ont été élevées au rang d’"arme", la responsabilité de l’instruction dans les écoles et cours incombe à l’office fédéral du génie et des fortifications. Cette instruction est donnée principalement sur les places d’armes de Mels (ESO et ER) et de St-Maurice (EO et cours d’of).
Les fonctions et insignes des troupes de forteresse
Les insignes (pattes de col) des troupes de forteresse montrent, sur un fond rouge écarlate, au-dessus d’une embrasure stylisée, les symboles des fonctions suivantes:
Infanterie de forteresse
Fusiliers:
Ils assurent la défense extérieure des forts. Ils mènent le combat par le feu à partir de nids de résistance et sont prêts à déclencher des contre-assauts afin de repousser ou de détruire l’ennemi qui s’est infiltré dans le dispositif.
Mitrailleurs, canonniers antichars:
Ils prennent part, avec leurs armes sous casemate ou mobiles, à la défense extérieure des forts. Ils renforcent les barrages, nids de résistance ou points d’appui de l’infanterie du secteur.
Canonniers lance-mines:
Ils combattent par le feu de leurs lance-mines de forteresse ou mobiles les bases de feu ennemies dans les environs de l’ouvrage et appuient le combat de la défense extérieure.
Soldats du service d’ouvrage:
Ils desservent les installations dans les fortins d’infanterie (ventilation, téléphone, etc.).
Artillerie de forteresse
Canonniers d’artillerie:
Ils desservent les pièces de forteresse et veillent la préparation des munitions d’artillerie.
Topographes:
Ils sont engagés comme aides PCT et comme aides des commandants de tir aux postes d’observation.
Observateurs:
Ils sont incorporés dans les sections météorologiques d’artillerie des régiments de forteresse. Ces sections établissent périodiquement des bulletins météorologiques qui permettent de déclencher des tirs d’efficacité sur la base de calculs, c’est-à-dire sans tirs de réglage.
Service de transmission et de renseignements
Soldats de transmission:
Ils établissent et entretiennent toutes les liaisons fil et radio des zones d’observation et des positions de l’artillerie de forteresse. Dans les ouvrages, ils desservent les installations de transmission des postes de commandement, les centraux téléphoniques et d’alarme.
Ils établissent les liaisons nécessaires pour l’observation de l’espace aérien et pour l’engagement
y des pièces de défense contre avions.
Soldats de renseignements:
Après avoir reçu une instruction de base comme soldats de transmission, ils sont formés comme soldats de renseignements au cours de l’école de recrues.
Défense contre avions
Canonniers de défense contre avions de forteresse:
Ils desservent les canons de défense contre avions de forteresse.
Observateurs aériens:
Il leur incombe d’alerter à temps les canonniers de la défense contre avions de forteresse.
Automobilistes
Automobilistes:
Ils sont chargés des transports.
Protection d’ouvrage
Soldats de protection d’ouvrage:
Ils assurent la vie dans les forts et les fortins d’artillerie. Entre autres choses, ils desservent les installations AC, assurent la police d’ouvrage, combattent les incendies dans l’ouvrage et répondent du service de sauvetage.
Machinistes:
Ils sont responsables du service des machines.
Personnel des téléphériques:
Il assure l’exploitation des téléphériques, des funiculaires et des monte-charge des ouvrages.
En plus des fonctions précitées, on trouve dans les troupes de forteresse également des artisans, des aides de cuisine, des soldats sanitaires, etc. qui sont instruits comme dans les autres armes.
Le corps des gardes-fortifications (CGF)
Le corps des gardes-fortifications est un corps professionnel organisé sur des bases militaires. Il remplit les tâches principales suivantes:
– en temps de paix:
• entretenir, gérer et surveiller les ouvrages fortifiés et autres installations militaires: ouvrages
minés, etc.
• collaborer à l’instruction militaire et technique des formations d’ouvrages et de forteresse,
– en cas de mobilisation de guerre:
• établir la préparation à l’exploitation des ouvrages fortifiés où des gardes-fortifications sont
intégrés dans l’équipage.
• les officiers du corps des gardes-fortifications sont incorporés à l’état-major des Grandes
Unités en qualité de chef CGF.
La Suisse est divisée en 3 zones de fortifications comprenant des arrondissements, des régions et des secteurs de fortifications. Le corps des gardes-fortifications, subordonné au directeur de l’office fédéral du génie et des fortifications, oeuvre surtout au profit des troupes de forteresse.
Conclusions
Les ouvrages fortifiés sont justifiés lorsque
• ils sont construits dans des sites où ils peuvent agir sur des compartiments de terrain qui,
compte tenu des formes actuelles ou futures de la menace, permettent d’arrêter l’ennemi et de
créer des conditions favorables à son anéantissement;
• ils sont placés de manière telle que leurs armes à tir direct puissent entamer le combat en
même temps et avec la même probabilité de toucher que l’ennemi (situation de duel à chances
égales);
• ils disposent d’un armement qui garde sa pleine efficacité, même si l’ennemi engage des
matériels nouveaux;
• ils sont armés et équipés de manière à pouvoir fournir la densité de feu nécessaire à l’endroit
et au moment voulus;
• ils sont construits de manière à assurer une grande chance de survie à leurs équipages et à
garantir un engagement rapide et de longue durée de leurs armes.
Les troupes de forteresse sont des formations d’appui qui mènent un combat statique. Elles créent des conditions favorables pour l’engagement de nos forces de riposte en barrant les axes de pénétration et de traversée importants et en combattant par le feu l’ennemi dans la profondeur du secteur de combat.
Les troupes de forteresse doivent être motivées par l’engagement offensif de leurs armes en vue de détruire l’ennemi et non par l’élément passif de la protection fournie par les ouvrages fortifiés.