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    December 23

    Texte de Jean-Jacques Rapin, écrit dans le cadre de l’étude « FestungsKonzeption 2010 »

    Résumé du Chapitre historique


    La fortification, dès l’origine de la Confédération, est étroitement liée à la politique de défense et de libre-accès des cols alpins. Cette nécessité, vitale pour l’existence des états riverains, se renforce encore au 19e siècle, avec l’ouverture de nouveaux passages et le développement des communications routières d’abord, ferroviaires vers la fin du siècle. Elle se renforce aussi avec la montée de tensions sur nos frontières Sud et Nord, avec la création d’Etats modernes en Italie en 1860, en Allemagne, de 1866 à 1871, et la signature de la Triplice, en 1882, année du percement du Gothard.

    Parallèlement, le développement du sentiment national en Suisse au 19e siècle, la création d’une véritable armée fédérale, seul instrument possible d’une réelle politique de défense de notre neutralité, les menaces extérieures, tout converge vers une prise de conscience qui émerge peu à peu — aidée en cela par les efforts d’un Guillaume Henri Dufour, entre autres — et qui se concrétise par une organisation militaire de mieux en mieux adaptée aux besoins.

    À partir de 1830, divers systèmes fortifiés sont érigés en quelques points de notre pays — Saint-Maurice, Aarberg, Luzisteig, Bâle — qui sont à la fois un signe clair de dissuasion à l’intention de l’étranger et un facteur de confiance pour notre peuple. Mais c’est en 1885 que la décision capitale est prise de fortifier le Gothard, avec la mission d’assurer le portail Sud du tunnel et le carrefour de l’Urseren. La construction du fort d’Airolo, de 1886 à 1890, bénéficie de l’expérience étrangère dans ce domaine et, malgré la crise due à l’invention de l’obus explosif, en 1885, est terminée en 1890, année des premières écoles d’artillerie de forteresse. Le
    développement des fortifications — la construction de Saint-Maurice débute en 1892— amène la création de l’infrastructure administrative nécessaire, prélude à la création de l’Arme elle-même. Au Tessin, le barrage fortifié réalisé par Dufour à la hauteur de Bellinzone est reporté plus au Sud, au profit des positions de Magadino, de Gordola et du Mte Ceneri. Le Luzisteig ne reçoit pas d’amélioration importante.

    Après la Première Guerre mondiale, les efforts se relâchent, mais sous les menaces grandissantes du front Sud, puis du front Nord, dès 1936, sont entreprises les constructions nécessaires au renforcement du terrain. Toutefois, l’impulsion déterminante est donnée lors du Rapport du Rütli du 25 juillet 1940, avec la conception opérative du Réduit, basée sur les trois grands bastions de Sargans, du Gothard et de Saint-Maurice. Cette fois, l’effort consenti est considérable, et chargé de signification pour un agresseur potentiel. Les travaux s’étendent jusque dans les années1950 et dotent non seulement les trois systèmes fortifiés des gros ouvrages d’artilleries nécessaires, mais encore créent une véritable profondeur dans le dispositif. Le front Sud est renforcé par la modernisation des ouvrages d’Airolo, du Ceneri, de Gordola et de Magadino, le front Ouest par la construction d’ouvrages fortifiés en certains points-clés, comme Vallorbe ou Delémont.

    La fin de la guerre 1939 - 1945, marquée par l’arrivée du feu nucléaire sur le champ de bataille, signifie aussi la fin de la construction de grands ouvrages fortifiés confinés dans le secteur alpin. Une nouvelle génération d’ouvrages va naître, beaucoup plus petits, implantés dès la frontière, nés de la nécessité de décentraliser les sources de feu, avec une densité dictée par la valeur stratégique du secteur à défendre, à la fois pour éviter le feu nucléaire et pour mieux s’adapter à la fluidité du combat moderne.

    Mais à travers le changement de type d’ouvrages, le principe fondamental n’a pas varié : obtenir le seuil de dissuasion le plus élevé possible en combinant de la manière optimale un réseau intense de destructions préparées et le feu des fortifications.

    Il est évidemment important pour nous de connaître l’opinion de l’étranger sur notre système fortifié. Ces témoignages ne sont pas légion, mais deux d’entre eux, du début du siècle, en 1901, des deux chef d’Etat-major allemand et italien, montrent que l’effet dissuasif des fortifications du Gothard et de Saint-Maurice a joué : leur avis est très clair ! De récentes publications — outre le cas déjà connu des plans d’opération allemands réunis sous le nom de Tannenbaum, où l’importance numérique envisagée pour une attaque est déjà en soi révélateur — montrent que les plans italiens contre la Suisse, pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont bien existé, à la fois dans un but offensif et à la fois pour couvrir leur flanc Nord si la Suisse n’était pas capable de garantir elle-même sa neutralité. Là aussi, le prix d’entrée semble avoir été estimé très élevé.

    En fait, la fortification et notre pays, dès ses origines, ont vécu une sorte de symbiose, comme si sa situation géostratégique et la défense des passages qui en découle dictaient cette nécessité. C’est pourquoi il est permis de paraphraser la conclusion du journaliste Mc Phee, dans son étonnant ouvrage sur l’armée helvétique qui déclare : “La Suisse n’a pas une armée, la Suisse est une armée !” et nous dirons : “La Suisse n’a pas une fortification, elle est une fortification !”

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